Si nous ne faisons rien, nous n'aurons plus un poisson d'ici 30 ans! (Stephan Beaucher)

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SUJET : Formidable article de Denis Mourizard

Formidable article de Denis Mourizard il y a 7 mois 3 semaines #17898

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Mon excellent ami Denis Mourizard vient de publier un formidable article sur la pêche et son avenir. Même s'il est assez long je vous invite à le lire et surtout méditer
Où en est-on de la pêche en mer ? Quelle est la réelle situation actuelle ? Y a t'il plus de bars ? Y a t'il plus de poissons dans la mer ? Les pouvoirs politiques ont-ils pris des mesures efficaces ? En clair, peut-on encore espérer sauver le vivant dans la situation qui est sienne ?
Alors voilà, peut être espérez-vous des réponses documentées, façon réponses politiques. Je ne ferais point cela, car pour commencer, qui suis-je pour parler à la place des grands de ce Monde ? Eux savent mieux que personne ce qui est bon pour personne. Enfin, bon pour tous. Lorsque je parle de politiques, je ne peux exclure quiconque pratique la politique, y compris ceux qui au sein des fédérations ne font finalement, que de la politique. Ils la pratiquent pour leurs intérêts, qui ne sont certes pas les intérêts de ceux qui voudraient nous retirer tout droit. Néanmoins, ils parlent, comme parlent les politiques, de choses qui au final ne changent pas.
Alors il me sera répondu que je n'y connais rien en politique, parce que ceci ou cela a changé. Des mesures ont été prises, comme faire couper la queue d'un poisson pour lutter contre la contrebande de poissons. Oui, c'est vrai, les contrebandiers continuent de braconner, et vous savez quoi ? Ils n'ont rien changé à leurs habitudes, vu que eux ne coupent pas la queue de leurs poissons. Pourquoi le feraient-ils d'ailleurs ? Parce que finalement, un braconnier braconne, et le propre d'un braconnier est de le faire en cachette et en silence. Alors oui, cette mesure à été prise. Bravo messieurs les politiques ! Combien de repas, combien d'heures de palabres pour ça ? On me répondra qu'il y a eu des moratoires sur le bar. Des quotas ont-ils dit. J'ai eu ouïe dire qu'il y avait une histoire de 48 ème parallèle derrière tout ça. Attendez que je me rappelle : au-dessus, pêche très limitée, au-dessous pêche moins limitée. Parce que cette histoire est finalement très normale. Les bars qui vivent au-dessus du 48 ème doivent être plus bêtes que ceux d'en dessous. Enfin, c'est ce à quoi je pense vu la logique de l'histoire : protéger l'espèce. À moins que ce ne soit qu'une simple question de biomasse…
Ah, la biomasse, la quantité de poisson géographiquement localisée, assurant la reproduction sereine de l'espèce. Oui, vous m'en direz tant ! De mémoire de pêcheur, parce que j'ose quand même me considérer comme un pêcheur, baroudeur qui plus est, il me semble que la zone française de laquelle j'ai pu retirer le plus grand nombre de photos de poissons était bien celle qui se situe au-dessus du 48 ème parallèle. Par contre, celle située au-dessous est bel et bien la plus dévastée qui soit aujourd'hui. Surtout la Méditerranée, qui a été javellisée, ratissée, ravagée, lessivée à grand coups de chaluts, et depuis plus d'un demi-siècle. Donc, en Méditerranée c'est trois poissons par jour toute l'année, et en Normandie c'est un par jour sept mois de l'année ? Je cherche encore et toujours la logique.
Au cours de ma dernière intervention au salon de Nantes, dans cette magnifique assemblée de bien pensants, je me suis permis d'aborder la question. Il m'a été répondu : "C'est compliqué ! Monsieur Mourizard est en colère…". En colère ? Denis Mourizard en colère ? Pensez-vous donc… C'était en 1996, j'écrivais à peine mes premiers articles dans Pêche En Mer que déjà j'éxprimais mes inquiétudes face à la pression de pêche, professionnelle comme amatrice. Je n'ai pas attendu que les marchés s'effondrent ou que le nombre d'adhérents soit en danger pour réaliser ce que tout le monde semble avoir réalisé aujourd'hui. Alors quand au fait de m'inquiéter, je ris. En tout cas, cette réplique m'a fait rire, pas la situation que nous vivons.
La situation que nous vivons est claire : l'espèce humaine a agit comme un enfant capricieux pendant des décennies. Elle s'est développée sur des ressources dont elle avait l'usufruit et donc, la responsabilité. Pourtant, elle a agit comme si ces ressources lui appartenait. Cela est vrai sur le plan de l'humanité, des continents, des nations, des régions, des villages, mais aussi de chacun d'entre-nous. Qui se pose la question, seulement la question suivante : "Ce poisson que je m'apprête à tuer, à prendre et à ramener à la maison, est-il à moi ?". Bien entendu qu'il est à vous, en même temps, pourquoi Napoléon a t'il interdit le simple fait de prélever du sel dans la mer ? Parce qu'il s'agit d'un bien commun, et qu'un bien commun se gère en commun. Les chasseurs, dont je ne porte pas certains individus dans mon coeur, sont pourtant bien au courant de cette gestion en commun. Nous pêcheurs ? On en est où ? La communauté elle en est où ? Est-elle tournée sur son nombril, recroquevillée sur son passé ? Est-elle tournée plutôt vers l'avenir, et le reste du Monde ? Je ne fais que poser des questions auxquelles chacun restera libre de répondre en conscience et en humanité. À mon âge, je ne changerai rien au Monde actuel. J'utilise seulement un droit considérable qui m'est offert en ma qualité de journaliste, d'exprimer une opinion, une vision de la situation. Des solutions ? J'en donnerai un peu plus loin, et elles n'engageront que ma seule et unique conscience. Pour l'instant, je voudrais seulement que chacun voit à l'intérieur de lui-même non pas ce qu'il a fait dans le passé, mais ce qu'il faut aujourd'hui, et ce qu'il fera demain. Parce que ce sera demain dépend de ce qui est déjà aujourd'hui. Il ne faut pas l'oublier. Ceux qui pêchent pour le seul besoin de se montrer avec un gros poisson devant une caméra ou un objectif, ceux-là peuvent vraiment se poser la question : "est-ce que je suis digne de parler d'écologie et de changement des valeurs ?".
Je parle de dignité humaine, pas personnelle. L'humanité est responsable de ce qu'elle vit.
Elle est responsable des millions de tonnes de plastique rejetés dans les océans. Certains pays pauvres, comme l'Inde, déversent leurs déchets à ciel ouvert dans les rivières. Nous voyons ces vidéos sur les réseaux sociaux, elles nous insurgent. Pourtant, nos pays civilisés envoient leurs déchets dans ces pays pour être retraités. J'ajoute à cela, pour ne pas quitter notre domaine de la pêche, que nous pêchons tous avec du plastique. Les fils, les leurres, les revêtements pour les plombs et autres accessoires sont en plastique, sans compter les emballages que nous retrouvons chaque année au bord de l'eau, sur les plages, dans les rochers, ou dans l'eau. À chaque ligne cassée, un peu de plastique en plus dans la mer. Bien entendu, il n'est pas question de comparer nos rejets de plastique avec les rejets massifs dont je parlais précédemment, ni de faire d'amalgame. Pourtant, toutes ces différentes sources de plastique vont bel et bien s'amalgamer dans l'eau.
Mon idée n'était pas, depuis le début de cet article, de faire étalage du nombre incalculable d'incohérences qui font le monde d'aujourd'hui. C'était pourtant nécessaire, il me semble, d'établir quelques points de repères pour la suite. À quoi bon limiter les prises si c'est pour laisser ouvertement piller les frayères à bars ? Je m'adresse au responsable politique qui sait. Celui qui ne sait pas pourrait éventuellement s'interroger sur sa légitimité à représenter les autres, car comme on dit : "nul n'est censé ignorer… la loi". Ceux qui chalutent les frayères connaissent les lois, et les transgressent. Impunément, manifestement, étant donné que cela continue, année après année. En 2019, un chalutier néerlandais de 143 mètres de long pêchait jusqu'à 250 tonnes de poissons par jour dans la Manche. Nous sommes nombreux à avoir vu cette info. À quoi bon prendre des laxatifs si ce sont les yeux ou les oreilles qui sont bouchés ? Ce chalutier a t'il été "empêché" ? Non. Ce sont ces fameuses eaux internationales qui appartiennent à tout le Monde, et dont les seuls pouvoirs qui puissent les gérer sont aux mains de ceux qui nous dirigent.
J'entends quand on me répond que rien n'est simple, et je le comprend, vu que depuis des décennies on ne sait rien faire d'autre que de les compliquer encore un peu plus. Pourtant, que peut il y avoir de plus simple que de constater les faits, et d'appliquer des mesures collectives ? Interdire les pêches tractées, purement et simplement. Pourquoi ? Car elles détruisent et sont économiquement fondées sur la loi du plus fort. Plus gros bateau, plus gros filet, plus gros moteur, plus gros profits. À compte d'excuses économico-délirantes on maintient en place une logique destructrice qui à terme, retirera l'emploi de tous ceux que l'on prétend protéger. Quand il n'y aura définitivement plus de poissons dans les mers, ou plus de plastique que de poissons, il n'y aura tout simplement plus de pêcheurs. Parce que cela ne sera plus rentable de pêcher.
Alors quand j'écris cela, je pèse à mon humble niveau les conséquences immédiates sur la grande pêche. Je ne peux donc m'empêcher de rappeler que le travail est collectif, et qu'à ce titre, cela vaut également pour les pêcheurs amateurs. Qui dit pêche tractée dit pêche polluante ! Chacun sait la consommation d'un bateau… Chacun sait les surtaxes sur les carburants maritimes (pour les uns, pas pour les autres). Il est loin le temps où les anciens savaient lire la mer, de nos jours tout est sur un écran, piloté par un satellite. Si chacun revenait un instant, le temps d'une réflexion collective, sur la refonte d'une pêche plus traditionnelle, plus humaine et plus naturelle, je crois que bien des choses changeraient. Il ne suffit pas d'imposer de nouvelles lois, toujours incomplètes, toujours contournables, toujours injustes pour le plus grand nombre, et rentables pour les minorités économiques, qui en profitent.
L'homme est un prédateur, mais il serait peut être bon de ne pas voir cela comme une gloire. La prédation est un acte nourricier, de survie. La prédation n'a jamais été créé pour le développement d'une économie. Devenir un prédateur pour l'économie, que ce soit personnelle ou entrepreneuriale, c'est autre autre, tout autre chose. Avec le temps, l'homme devient le prédateur de lui-même. Voilà bien longtemps que je ne suis plus en colère, car j'ai ressenti depuis bien longtemps en moi la fin de quelque chose. Je reste l'auteur qui a vécu tant de belles histoires de pêche, celui qui a vu tant de belles personnes aimantes d'une nature pure et préservée. Par contre, je vois des hommes en colère, prêts à tout pour conserver leurs acquis en privant les autres des leurs. Je vois des pêcheurs amateurs en colère, des pêcheurs professionnels en colère, et des politiques qui se succèdent. J'ai retenu d'un certain courant philosophique que la colère que l'on porte envers autrui est le miroir du non résolu en soi-même. En clair, quand on refuse de faire soi-même tout ce que l'on peut pour se changer soi, on est porté à demander aux autres de le faire. On ne peut retirer aucune satisfaction de cette situation que nous vivons, parce que nous sommes collectivement impliqués. Je voudrais donc conclure en quelques phrases, afin de poser ma réalité, celle que je vois et ressens. Je considère que la macro économie des pêcheries mondiales a pratiquement détruit tout ce qu'elle a touché. Je considère que la micro économie des pêcheurs amateurs a également le pouvoir de détruire ce sur quoi elle s'acharne. Pourtant, la nature est riche, elle ne demande qu'un peu de temps. Était-il vraiment nécessaire de légiférer ainsi pour limiter la prise de poissons par les amateurs ? Ne pouvions nous pas tous prendre conscience collectivement du fait que nous dépendons de nos ressources ? Nul homme ne peut porter tous les combats des hommes, mais chacun peut porter le sien. À chacun de voir ce qu'il peut faire pour faire changer "son" monde par "ses" propres actes.
Quand aux grands pouvoirs politiques, ils constateront comme nous tous, le moment venu, que lorsque la nature décidera de devenir économe d'elle-même, notre économie n'y survivra pas. Nous non plus.
Stoppons la surpêche pour protéger la ressource et soyez raisonnable dans vos prélèvements
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Formidable article de Denis Mourizard il y a 7 mois 2 semaines #17902

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Un nouvel article de Denis Mourizard décidément très en verve

Tous au bar, tournée générale.

Du gros nouveau aux pays des décideurs politiques européens m'a t'on annoncé… Ok, je suis allé voir, j'ai pas vu grand chose, et ayant fait promesse de m'exprimer sur le sujet, je le fais.
Tout commence ce jour où l'Europe décide de "sauver" les stocks de bars. Ils sont relayés en cela par plusieurs sociétés commerciales qui tentent également de sauver l'espèce en grand danger. Je reste à penser que d'un côté les uns tentent de sauver le business professionnel, poussé par les lobbies, et que d'un autre côté les autres tentent de rester sous les feux des projecteurs de la protection animale pour maintenir leur business en vie. Je sais j'y vais fort, et j'en suis désolé. Pour autant, attardons nous quelques instants sur ces changements pour 2020, qui à défaut de tout changer, montrent bien la détermination de l'Europe à aller jusqu'au bout de son imprécision.
Pour rappel, la France est concernée par les zones 7d, 7e et 7h situées au Nord du 48 ème parallèle. Au Sud de ce parallèle, la côte atlantique est coupée en deux zones supplémentaires, 8a et 8b. Ces zones sont appelées les divisions du CIEM.
wwz.ifremer.fr/peche/content/download/36...to_CNTS_05rom_04.pdf
Je vous pose donc ici le texte issu du document légal, en anglais, avec traduction.
Texte original
"Member States shall report to the Commission all catches of European seabass per type of gear not later than 15 days after the end of each month.
4. France and Spain shall ensure that fishing mortality of seabass stock in ICES divisions 8a and 8b from their commercial and recreational fisheries do not exceed the Fmsy point value resulting in 2 533 tonnes of total catches, as required by Article 4(3) of Regulation (EU) 2019/472.
5. In recreational fisheries, including from shore, in ICES divisions 4b, 4c, 6a, 7a to 7k:
(a) from 1 January to 29 February and from 1 to 31 December 2020, only catch-and-release fishing with a rod or a handline for European seabass shall be allowed. During that period, it shall be prohibited to retain, relocate, tranship or land European seabass caught in that area;
(b) from 1 March to 30 November 2020, not more than two specimen of European seabass may be caught and retained per fisherman per day. This provision shall not apply to fixed nets, which shall not catch nor retain European seabass. The minimum size of European seabass retained shall be 42 cm.
6. In recreational fisheries in ICES divisions 8a and 8b, a maximum of two specimens of European seabass may be caught and retained per fisherman per day. This provision shall not apply to fixed nets, which shall not catch nor retain European seabass during that period. The minimum size of European seabass retained shall be 42 cm.
7. Paragraphs 5 and 6 are without prejudice to more stringent national measures on recreational fisheries."
Traduction
Les États membres communiquent à la Commission européenne seabass toutes les prises du type d'engin, au plus tard 15 jours après la fin de chaque mois.
4. La France et l'Espagne veillent à ce que la mortalité par pêche des stocks de loup de mer dans les divisions CIEM 8a et 8b de leurs pêches commerciales et récréatives ne dépassent pas la valeur du point FPME résultant en 2 533 tonnes de captures totales, conformément à l'article 4 (3) règlement (UE) 2019/472.
5. Sur la pêche récréative, y compris de la côte, les divisions CIEM 4b, 4c, 6a, 7a à 7k;
(A) du 1er Janvier à 29 Février et du 1er au 31 Décembre 2020, seule pêche en no kill avec une canne ou ligne à main pour l'espèce seabass européen est autorisée. Au cours de cette période, il est interdit de conserver, délocaliser, transborder ou débarquer du bar pris dans cette zone;
(B) du 1er Mars au 30 Novembre 2020, pas plus de deux spécimens de bar peuvent être capturés et retenus par un pêcheur et par jour. Cette disposition ne concerne pas les filets fixes pour lesquels la pêche du bar est interdite. La taille minimale de capture du bar retenue est de 42 cm.
6. Dans la pêche récréative dans les divisions CIEM 8a et 8b, un maximum de deux spécimens de bars peuvent être pris et conservés par un pêcheur et par jour. Cette disposition ne concerne pas les filets fixes pour lesquels la pêche du bar est interdite. La taille minimale de capture du bar retenue est de 42 cm.
7. Les paragraphes 5 et 6 sont sans préjudice des mesures nationales plus strictes sur la pêche récréative.
Ajoutons à cela un autre paragraphe qui me semble important :
"Engagement de la France et de l’Espagne pour la pêche du bar du Golfe de Gascogne
Afin de respecter le plafond de captures préconisé par le CIEM de 2533 tonnes, la France et l’Espagne s’engagent pour ce qui concerne les captures commerciales à faire respecter un plafond global de captures commerciales défini sur la base des éléments suivants :
- Pour ce qui concerne La France, un plafond fixé à 95% de la part dédié à la pêche commerciales augmenté de 20 tonnes, soit 2032 tonnes pour 2020.
- Pour ce qui concerne l’Espagne, un plafond fixé à 5% de la part dédié à la pêche commerciales diminué de 20 tonnes, soit 86 tonnes pour 2020."
Me voilà donc arrivé au temps du décryptage. Je suis désolé si vous trouvez tout cela indigeste, mais croyez-moi, ça vaut le coup de s'y intéresser et d'aller au-delà du simple "intérêt pour soi" et qui se résume à "je pourrais prendre un poisson de plus ou un poisson de moins…
Pour commencer, je vous invite à accéder à ce document sur lequel le hasard m'a conduit, et qui match vraiment avec ce que je pense, du moins en partie.
La gestion de la pêcherie française de bar - Michel Morin - Docteur en droit
Consultant, Chercheur associé au CDMO
Extrait page 12 du document : "Un arrêté ministériel, applicable à compter du 1er janvier 2017, a été adopté le 24 novembre 2016. Cet arrêté porte la taille minimale du bar dans cette zone de 36 à 38 cm. D’autre part, il définit une limite annuelle de capture par les navires professionnels français dans le Golfe de Gascogne (divisions CIEM VIIIa et b) qui est fixée à 2 490 tonnes pour l’année 2017. Si l’on se réfère à la recommandation du CIEM qui était de 2 634 tonnes pour l’ensemble de cette zone, cette quantité (94,5%) correspond probablement plus ou moins à la part qui y est pêchée dans cette zone par les navires français, qui y est généralement considérée comme supérieure à 90%."
Allons-y : pour les pêcheurs récréatifs, rien de plus et plutôt un poisson de moins pour les zones 8a & 8b. Je vois en cela une homogénéisation à la baisse, comme toujours et qui cible les pêches récréatives. Bon, honnêtement, je considère personnellement que lorsque nous parlons d'une espèce en difficulté, il est raisonnable de raisonner les prélèvements. J'ajoute qu'il s'agit de DEUX poissons PAR JOUR et PAR PÊCHEUR… Deux pêcheurs font 4 poissons, trois font six poissons… Lapalissade, ou bon potentiel de calcul mental me direz-vous, et alors ? Alors on parle de quotas estimés au poids prélevé pour les professionnels, et à la pièce/jour pour les amateurs. Je vois là-dedans une espèce de logique illogique à mon sens… Le pêcheur récréatif qui passe sa vie au bord de l'eau peut prélever 100 poissons par an, alors que celui qui n'y va que quelques WE ne pourra en prélever que 10 ou 20 ? Il y a donc un ratio temps disponible/quantité qui ne me semble ni aller dans le sens du pareil pour tous, ni dans le sens de la conscience véritable de la situation. D'ailleurs, dans le document de l'université de Nantes du Docteur Michel Morin, il est écrit page 13, en conclusion, la chose suivante :
"Pour le Golfe de Gascogne, les autorités semblent hésiter à prendre les mesures de gestion appropriées parce qu’elles n’ont pas toutes les données scientifiques pertinentes pour le faire. "
Ce document date de 2016/2017, mais il évoque déjà en détail ce que je reproche à toutes ces mesures :
On définit les règles uniquement en fonction des données que l'on pense cohérentes. On sait que l'espèce bar est en difficulté sur un plan global, ce qui nous pousse à prendre des mesures. Pourtant, au moment de poser des règles, on s'appuis sur des pseudos données scientifiques existantes ou non existantes. On arrive ainsi à cette fameuse ligne du 48 ème parallèle qui se résume à la nécessité de sauver ce que l'on pense pouvoir sauver (au Nord), et à ne pas s'occuper du reste (au sud), ou différemment. On raisonne par l'humain pour gérer l'animal…
Une séparation systématique de la gestion des ressources entre récréatifs et professionnels. Aucune volonté politique d'impliquer tout le monde au même moment et de la même façon. Au final, les récréatifs subissent la plupart du temps, tandis que les professionnels s'arrangent entre-eux. L'exemple nous en est donné par cette phrase du document officiel : "- Pour ce qui concerne La France, un plafond fixé à 95% de la part dédié à la pêche commerciale augmenté de 20 tonnes, soit 2032 tonnes pour 2020." Alors que dans le même temps l'Espagne cède à la France 20 tonnes, les récréatifs perdent un poisson par jour au sud du 48 ème.
Je lis dans un article de la Manche libre l'article suivant :
"Le 01 juillet 2019 à 13:59
Un nouveau plan pluriannuel de gestion du bar pour les pêcheurs de loisir a été adopté par le Parlement européen. Trois syndicats de pêcheurs se réjouissent de ces avancées. Les pêcheurs de Normandie seront désormais sur un pied d'égalité avec les pêcheurs du sud.
Les pêcheurs récréatifs de bar ont enfin été entendus. C'est en tout cas l'impression donnée lundi 1er juillet 2019 par la Fédération Nationale des Pêcheurs Plaisanciers Sportifs (FNPP), l'Alliance européenne des pêcheurs à la ligne (EAA) et l'Association européenne des fabricants d'articles de pêche (EFTTA). Ceux-ci se félicitent des règles adoptées par le Parlement européen dans son nouveau plan pluriannuel de gestion des eaux occidentales qui entrera en vigueur en 2020.
Traitement nord-sud identique
"Certaines exigences du secteur de la pêche récréative ont été prises en considération", notent-ils en chœur. Parmi les grandes lignes de ce plan, la gestion du stock est enfin la même au nord comme au sud du 48e parallèle. Longtemps estimés lésés, les pêcheurs du nord et donc de Normandie sont désormais sur un pied d'égalité. De plus, les pêcheurs récréatifs sont exemptés de l'obligation de débarquement. De plus, si le Conseil décide d'introduire des mesures de gestion pour une pêche de loisir, des critères de nature environnementale, sociale et économique seront pris en compte. Une décision qui selon les syndicats ferait que pêche récréative et commerciale seraient "traitées sur un pied d'égalité".
Période de reproduction non protégée
Par contre, aucun accord n'a été trouvé sur une fermeture de la pêche du bar pendant la période de reproduction. "L'absence d'une telle mesure compromet gravement le rétablissement du stock des espèces concernées, déplorent le FNPP, l'EAA et l'EFTTA. Nous allons maintenir notre vigilance et continuer notre combat pour la protection des frayères avec force et pugnacité."
Bien entendu, les lignes en gras me font sourire. Un traitement Nord-Sud équivalent, avec périodes de pêche en No-Kill pour le Nord du 48 ème, et pas pour le Sud… et pour les amateurs, et pas les pros ! Vous l'avez vu le pied d'égalité, dans le fondement. D'ailleurs, quand on parle du Sud, il semblerait que la côte méditerranéenne soit hors continent… Une fois de plus. Si les syndicats de pêcheurs sont contents avec ça, cela ne semble pas être le cas de Jean Kieffer de la FNPP :
fnppsf.fr/derniere-minute/presse/Mesures-bar-2020.htm
Je constate d'ailleurs que l'intéressé n'est pas content de la suppression d'un poisson par jour. Donc cet article me laisse pantois, soit le journaliste s'est laissé abuser, soit les instances récréatives ne tiennent pas le même discours, soit, pardonnez-moi l'expression : c'est le foutoir ! En clair, entre le 1 juillet 2019 et le 18 décembre de la même année, on a perdu l'égalité annoncée.
Quelle conclusion puis-je donner à ce texte qui est tout personnel et qui ne saurait vous extraire de votre propre libre arbitre ? La France représente le plus gros pourcentage de prises de bars en Europe… et de loin ! En 2017, le CIEM avait fixé une limite annuelle de capture de 2634 tonnes pour les zones VIIIa et b. En 2020 nous serons donc à 2533 tonnes, soit exactement 101 tonnes de moins qu'en 2017:
"France and Spain shall ensure that fishing mortality of seabass stock in ICES divisions 8a and 8b from their commercial and recreational fisheries do not exceed the Fmsy point value resulting in 2 533 tonnes of total catches, as required by Article 4(3) of Regulation (EU) 2019/472."
« La France et l'Espagne veillent à ce que la mortalité par pêche des stocks de bar dans les divisions CIEM 8a et 8b de leurs pêches commerciales et récréatives ne dépassent pas la valeur du point FPME résultant en 2 533 tonnes de captures totales, conformément à l'article 4 (3) du règlement (UE) 2019/472 ".
En résumé : oui, une baisse est constatée sur les quotas, de 101 tonnes sur trois ans pour les pêcheries industrielles. En même temps, la France voit son quota augmenter de 20 tonnes en 2020… Pendant que les récréatifs ont vu l'instauration d'un quota, d'une période de respect de la période de fraie, et qu'ils voient cette année, pour certains, leur quota réduit. J'insiste lourdement : toujours rien pour la Méditerranée ! Toujours rien au niveau de l'Europe, mais toujours rien non plus au niveau National, et rien non plus au rang des fédérations, pas plus qu'à celui des commentateurs divers et variés, acteurs commerciaux ou médiatiques en général, qui se contentent de lire au premier degré des rapports indigestes, et qui ne sont bons qu'à nouer les neurones en pelote bien serrée.
Je reste à penser que cette histoire de ligne maginot du 48 ème parallèle est à peu près la même ineptie que la frontière que le nuage de Tchernobyl aurait eu peur de traverser en son temps… Comme si les poissons du Golfe de Gascogne n'étaient pas les mêmes que ceux du Bord Bretagne. Les migrations actuelles de nombreuses espèces du Sud au Nord se voient de plus en plus. Le problème étant que politiquement il faut réfuter toute chose qui puisse tendre à laisser penser que quelque chose se passe, et qui me semble bien plus grave que la surpêche. N'entendez pas dans ce propos qu'il ne faille rien faire contre les dérives de la surpêche, mais simplement que ce fait n'est pas le seul à prendre en compte. Le Gulf stream est à observer…
https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/mers-et-oceans/le-gulf-stream-est-il-en-train-de-disparaitre_123459
Il faudra néanmoins continuer à légiférer pour expliquer qu'il est légitime de responsabiliser ceux qui détruisent (vous, moi), en limitant la colère de ceux qui détruisent vraiment, sous couvert de données scientifiques plus ou moins instables, voire manquantes…
Observer du haut de sa fenêtre qu'il y a du thon rouge en Bretagne, ou bien d'autres espèces en Méditerranée dont on se demande bien ce qu'elles viennent y faire, relève de la folie pure… par absence de preuves scientifiques. Qu'il y ait du Barracuda en Méditerranée n'interroge personne dans ces beaux locaux de la commission européenne.
www.corsematin.com/article/article/ces-e...sent-la-mediterranee
La lecture de cet article vous apprendra que les bateaux apportent ces nouvelles espèces, ou qu'un aquarium a déversé des oeufs… Oui, certes, c'est envisageable et réaliste. Pourtant, ces espèces nouvelles, comme le poisson lièvre, n'étaient habituellement vues que dans des eaux chaudes, plus au sud ou plus à l'Est. Quid de leur survie en mer Méditerranée ?
www.corsematin.com/article/article/un-po...pand-en-mediterranee
Suis-je en droit de demander ici quelque chose à nos chers décideurs politiques ? Oui ? Non ?
Peut-être que vous pourriez cesser de séparer les hommes et les femmes de nos continents, en vous contentant de poser des faits que la nature vous démontre autrement que dans vos chiffres statistiques, économiques et surréalistes. Opposer pêcheurs amateurs et pêcheurs professionnels n'est pas bien sage quand même. Qu'est-ce qui dépend de vous ? Vous réfléchissez et agissez encore en terme de quotas, alors que très objectivement, un grand nombre de scientifiques ont brisé la cordelette de la sonnette d'alarme depuis bien longtemps. Préserver ce qui peut encore l'être… Les lobbies ? Les espèces ? Les humains ? Vous avez la responsabilité des ressources de vie des territoires dont VOUS avez reçu la gestion, en bons pères de famille.
Personnellement, je pense qu'une période de fermeture globale, et pour chaque espèce, devient urgente. On parle du bar ? Allons-y : fermeture totale à toute forme de pêche, du 1 er décembre au 1er Avril. Ce qui laisse 8 mois pour pêcher deux poissons par jour et par pêcheur, du Nord au Sud de la France, parce que à ce que je sache, le sud de la France n'est pas l'Ouest et le Sud/Ouest. Non, le sud de la France, c'est bien le Sud, et la mer Méditerranée que vous semblez avoir oubliée, à moins qu'elle ne se soit asséchée depuis vous…
4 mois de fermeture permettraient d'embrasser les variations saisonnières de ponte, entre le sud et le nord de la France. J'ajouterais bien volontiers à cela la sanctuarisation définitive avec mise sous surveillance des zones de frayères. Vous êtes capables de localiser une voiture par satellite, et pas un chalutiers de 100 mètres de long ? Vos textes de lois riment à quoi lorsque prime la neutralité des eaux internationales ? Les frayères sont l'avenir des espèces, toutes espèces confondues. Que peut-on attendre d'autre d'une "union européenne" si elle n'est pas capable de protéger ses zones de reproduction naturelles, et parfaitement connues par le monde scientifique ? Ce sont des moyens qu'il vous manque ?
Les quotas annuels pour les professionnels, bravo ! C'est politiquement correct, et imparable. Il fallait le faire, et vous l'avez fait. Cependant, un quota annuel me semblerait parfaitement cohérent avec l'instauration conjointe d'une période de repos et de reproduction… Je pense que les avertis apprécieront la conclusion.
S'il n'était pas une réalité que les pélagiques ne ciblent le bar qu'en période de fraie, peut-être que cette limitation aurait été instaurée. Il ne nous reste donc plus qu'à convaincre les bars de frayer en été plutôt qu'en hiver.
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Dernière édition: il y a 7 mois 2 semaines par dede17.
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